DES RETRAITÉS FLOUÉS
 7 novembre 2007  
 
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 DES RETRAITÉS FLOUÉS
 7 novembre 2007  

ÉDITORIAL - 7 novembre 2007
Jean-Robert Sansfaçon

À quelques reprises cet automne, des centaines de retraités de la fonction publique québécoise ont tenu des manifestations pour sensibiliser les élus à l'appauvrissement dont ils sont victimes. Malgré le fait que ces employés bénéficient d'un régime de retraite intéressant, l'absence d'indexation de leurs prestations pose un réel problème.

Le régime de retraite des employés de l'État du Québec leur assure une rente de 70 % du salaire moyen des cinq meilleures années après 35 ans de travail. Cette rente est cependant réduite de l'équivalent de la prestation du RRQ à partir de 65 ans puisque les deux régimes sont intégrés.

Ce régime auquel l'employé et l'employeur contribuent le même montant n'est pas le meilleur qui soit si on le compare à celui d'Hydro-Québec ou de la Ville de Montréal. Mais il permet de maintenir un niveau de vie acceptable... du moins au début de la retraite. Car après quelques années, les choses se gâtent, la rente n'étant pas indexée pour les années travaillées entre 1982 et 1999. En simplifiant, cela signifie qu'après 20 ans de prestation, un retraité aura perdu entre 30 et 40 % de son pouvoir d'achat.

Cette faille du régime trouve son origine dans une décision prise en 1982 par le gouvernement du Parti québécois. À cause de la conjoncture économique défavorable, le gouvernement Lévesque avait décidé de réduire les salaires pendant quelques mois et de modifier la formule d'indexation du régime de retraite. Désormais, pour l'équivalent des années travaillées après 1982, l'indexation serait limitée à la partie d'inflation supérieure à 3 %, ce qui ne s'est à peu près jamais produit par la suite. À l'époque, on a fait peu de cas de cette mesure puisque l'inflation était très élevée et que les répercussions ne se feraient sentir que plusieurs décennies plus tard.

Il a fallu attendre les négociations de 1999 pour que Québec accepte de réintroduire une formule qui accorde une indexation partielle (soit la moitié du taux d'inflation), applicable aux seules années à venir. Cette bonification n'a donc pas réglé le problème pour les années travaillées entre 1982 et 1999.

C'est pour corriger cette situation que les retraités ont manifesté, cette semaine, devant les bureaux du premier ministre, à Montréal. Ce qu'ils demandent, c'est l'application de la formule d'indexation partielle aux années 1982-1999.

À l'ouverture de la session, l'Assemblée nationale a voté à l'unanimité pour la création d'un comité qui étudiera la question. Mais il y a un coût à cette correction. En 1996, un autre gouvernement du Parti québécois, celui de Lucien Bouchard, s'était aussi permis de piger 1,6 milliard dans la caisse de retraite des employés pour envoyer 35 000 d'entre eux à la retraite de façon prématurée. Les retraités n'ont pas eu droit à la négociation, et l'éclatement de la bulle des technos survenu en 2000 a prouvé que ces excédents sur papier n'en étaient pas en réalité. Aujourd'hui, dix ans plus tard, ces nouveaux retraités commencent à sentir les effets de l'absence d'une clause d'indexation de leur rente.

Au total, on évalue à près de 1,1 million le nombre de salariés et de retraités affectés directement par la mesure de 1982, soit un Québécois sur sept! Tant le gouvernement que les centrales syndicales doivent trouver une solution pour éviter que des centaines de milliers d'employés et de retraités de l'État du Québec, contrairement à leurs homologues fédéraux, ne sombrent dans la pauvreté après avoir consacré les plus belles années de leur vie au service public.
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 Aline Couillard réagit à l'éditorial de Jean-Robert Sansfaçon du Devoir
 8 novembre 2007  
 DES RETRAITÉS FLOUÉS

Je veux tout d'abord dire merci au journal Le Devoir pour avoir fait référence à la manifestation des quelque
4 500 retraités du 5 novembre dernier. À ma connaissance, le journal Le Devoir est le seul média écrit qui a traité de cette manifestation. Comme d'habitude, les journaux gérés par Gesca ont maintenu leurs politiques éditoriale et journalistique en ne couvrant pas les manifestations publiques organisées par les retraités de l'État.

La censure de Gesca est d'autant plus condamnable, que des centaines de retraités sont venus d'aussi loin que Mont-Laurier pour soutenir des négociations ou des échanges avec le gouvernement afin de trouver une solution à leur appauvrissement. Heureusement que le journal Le Devoir est là pour faire écho aux problèmes d'appauvrissement des retraités de l'État.

Dans son édition de mercredi, le 7 novembre 2007, l'éditorialiste Jean-Robert Sansfaçon décrit bien le problème que vivent les retraités de l'État à cause de la désindexation partielle de leurs régimes de retraite. Il souligne adéquatement que ce n'est qu'à la négociation de 1999 qu'une correction partielle a été apportée pour les années à venir mais que le problème reste entier pour les années entre 1982 et 1999.

Cependant, il est important d'apporter des informations complémentaires pour rendre plus réelle la situation dans laquelle se retrouve la majorité des retraités.

Premier point : Quand monsieur Sansfaçon dit que : "Cette faille du régime trouve son origine dans une décision prise en 1982 par le gouvernement du Parti québécois. À cause de la conjoncture économique défavorable, le gouvernement Lévesque avait décidé de réduire les salaires pendant quelques mois et de modifier la formule d'indexation du régime de retraite." il devrait plutôt affirmer que c'est en prenant le prétexte de la conjoncture économique défavorable que le gouvernement Lévesque a modifié la formule d'indexation. En preuve, en 1982, le taux de l'Indice des prix à la consommation (IPC) était de 12,30 % mais le rendement de la Commission administrative des régimes de retraite et d'assurances (CARRA) était de 28,81 %. Peut-on alors utiliser l'expression "conjoncture économique défavorable "?

Deuxième point : Monsieur Sansfaçon écrit que les retraités ont manifesté, cette semaine, à Montréal pour corriger cette situation, c'est vrai; donc, en conséquence, les retraités ne s'attendent à rien de moins que le retour à la pleine indexation de leurs rentes de retraite, telle qu'elle était avant 1982. Une indexation partielle ne serait certainement pas une correction de l'appauvrissement des retraités de l'État ni un recouvrement de leur pouvoir d'achat.

Les retraités de l'État ne demandent pas la charité. Ils ne demandent que le retour de leurs investissements. Ils demandent que justice leur soit rendue. Il n'existe pas de demi-réparation pas plus que de demi-justice.

Seule la pleine indexation de leur rente sera satisfaisante. Pour eux, la pleine indexation est un principe de justice et d'équité que le gouvernement n'a pas le droit de bafouer.

Aline Couillard
Retraitée de l'enseignement,
St-Hyacinthe
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 Marc Paradis réagit à l'éditorial de Jean-Robert Sansfaçon du Devoir
 11 novembre 2007  
Bonjour M. Sansfaçon,

Je veux d'abord vous féliciter pour votre éditorial du 7 novembre intitulé: « Des retraités floués ». Pour une fois, je lis un article non biaisé et factuel sur la question des régimes de retraites dans la fonction publique.

Je suis moi-même un retraité de la fonction publique où j'occupais une fonction de cadre supérieur et je puis vous dire que sur les 27 années travaillées 14 années ne sont pas indexées.

Vous savez, monsieur Sansfaçon, un trop grand nombre de personnes croient encore que ce sont les deniers publics (leurs impôts) qui paient notre rente de retraite, alors que nous avons investi dans notre régime près de 8% de notre salaire annuel pendant toute notre carrière dans la fonction publique (notre employeur devait mettre l'équivalent, selon les principes de rémunérations globales, ce qu’il n’a jamais fait. On peut affirmer sans se tromper qu’il nous "empruntait" chaque année cette somme). Notre régime de retraite doit être considéré comme n’importe quel régime privé dans lequel l'employeur et l'employé ont convenu de contribuer.

Je suis d’accord pour accepter que nos salaires étaient payés par les deniers publics (les impôts et taxes), mais jamais en ce qui concerne nos rentes de retraite. Je souhaite que vous puissiez un jour vulgariser ce concept pour bien renseigner vos lecteurs et ainsi éliminer cette perception qu'ont les gens.

Peut être le savez vous déjà, mais je crois important de vous souligner que notre régime de retraite, nonobstant tout ce que l’on peut dire sur les régimes à prestation déterminée, a dégagé en 1997 des surplus actuariels assez substantiels de $4 milliards.

En 1997, $800 millions ont servi à l’État employeur pour restructurer l’organisation par la mise à la retraite de plus de 35 000 employés avec les conséquences que l’on connaît, surtout dans le réseau de la santé.

En 2000, $3,2 milliards ont été utilisé par les syndicats et l’État employeur pour diminuer de près de 35% (soit de 7,95% à 5,35% ) les cotisations annuelles des employés actifs à leur régime de retraite, et ce pendant 5 ans, et à bonifier ce même régime pour les années travaillées après 2000.

Faut-il vous souligner que ce surplus actuariel de $3,2 milliards provenait seulement de la somme des cotisations capitalisées des employés actifs et des retraités et du rendement obtenu sur ces cotisations dans une proportion d’environ 50% employés 50% retraités. C’est donc dire que les syndicats se sont appropriés de plus de $1,6 milliards appartenant aux retraités pour améliorer leurs conditions de travail. Comment qualifier ce geste??

Personne n’accepterait que quelqu’un vienne piger dans son REÉR personnel. Mais c’est effectivement ce qui s’est passé.

Une autre situation inquiétante pour les retraités : Les états financiers de la CARRA au 31 décembre 2006 indiquent qu’il y a un surplus comptable de 15,1$ milliards. Ce surplus comptable se traduira bientôt par un surplus actuariel plus que substantiel de l’ordre de plusieurs $ milliards, peut-être même de l’ordre de 10$-12$ milliards.

Est-ce que ces nouveaux surplus actuariels serviront cette fois-ci pour le bénéfice des retraités? Ou, seront-ils encore une fois utilisés à d’autres fins?

La seule façon de rendre justice aux retraités sera d'utiliser ces surplus actuariels pour leur redonner la pleine indexation.

Il va falloir suivre ce dossier de près et nous comptons sur des journalistes objectifs comme vous pour bien informer la population et les retraités, car plusieurs grandes associations de retraités sont à la remorque des centrales syndicales et ne disent pas tout à leurs membres…et, malheureusement, on ne nous donne pas aussi le droit de poser les vraies questions sans menaces ...d’expulsion!

Merci beaucoup de votre attention.

Marc Paradis, ing.
Québec.
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